Homo disparitus
Alan Weisman (2007)

Voilà un livre passionnant qui se lit comme un roman d’action.
L’auteur imagine que la totalité des êtres humains disparaissent tout à coup. Que se passerait-il ? Après avoir rencontré de nombreux spécialistes (climatologues,
botanistes, architectes, écologues etc…), Alan Weisman nous montre ce qu’il adviendra, sans l’homme, de nos maisons (du toit jusqu’à la cuvette des WC), de nos toutous et minous, de nos villes,
de nos centrales et ogives nucléaires, de notre art (musique ou tableaux), de nos monuments plus ou moins récents comme le canal de Panama ou la sculpture des présidents américains gravés dans le
mont Rushmore (à ce propos j’apprends que la muraille de Chine n’est pas visible depuis l’espace contrairement à l’idée reçue) etc etc…
Je ne dirai pas les réponses ici pour ne pas tuer le suspense mais je peux déjà révéler que la seule trace humaine qui restera, même quand la Terre sera consumée par le Soleil, sera les ondes
hertziennes de nos émissions de radio et télé qui continueront à poursuivre le voyage interstellaire, quoique sous une forme de plus en plus fragmentée.
Côté pollution, on sera effaré du temps que mettront à disparaître les produits chimiques (PCB & co) et métaux lourds déversés par nos soins dans l’atmosphère, les sols et les eaux.
Concernant l’excès de gaz carbonique, l’océan, ce grand pompeur de CO2, mettra 1000 ans à absorber 90% de l’excès de gaz carbonique ; toutefois, il faudra 100 000 ans avant que les
niveaux reviennent à l’état antérieur à l’apparition de l’homme.
On aborde des tas de sujets : la mégafaune préhistorique qui aurait (déjà !) été décimée par les humains, le chat ce grand prédateur de faune sauvage, le trou de la couche d’ozone, les
paysages prétendument intactes de l’Amérique (alors qu’une partie des Grandes Plaines des USA sont dues à la déforestation des paléos indiens pour la chasse et que de grandes parcelles de
l’Amazonie étaient cultivées par d’importantes populations pré-colombiennes avant que les maladies des Européens déciment les dites populations : le retour de la forêt fut si rapide que les
Européens n’eurent même pas le temps de s’apercevoir qu’une partie de la forêt amazonienne avait été défrichée), la disparition des Mayas, le no man’s land entre Corée du Sud et Corée du Nord, la
situation politique de Chypre, l’embaumement de nos morts (avec un certain paradoxe : alors qu’on leur demande de retourner à la poussière, on fait tout pour que nos dépouilles résistent le
mieux à l’action du temps, le tout à coup de produits chimiques qui termineront une fois encore dans les sols), les différents schémas climatiques à venir (et parmi eux, le retour à un petit âge
glaciaire suite à l’arrêt du Gulf Stream dû …au réchauffement climatique), les sondes Voyager dans l’espace, la création du plastique etc….
Quelques mots d’ailleurs au sujet du plastique : sa durée de dégradation est inconnue, il termine en général dans la mer (dans le tourbillon du Pacifique Nord, sa masse est 6 fois plus
importante que celle du plancton !) et rapetisse au point d’être ingéré par les plus petits des organismes. Toujours côté plastique, j’en ai appris une bien bonne : les produits de
beauté, désincrusteurs de points noirs, contiennent …des billes de plastique qui se retrouvent illico presto dans la mer dès utilisation. Mesdames (et Messieurs), choisissez donc des exfoliants
d’origine naturelle, ça ne coûte pas plus cher. Pour s’en assurer, il suffit de regarder la composition du produit : s’il est indiqué polyéthylène, c’est du plastique. Expérience dans ma
salle de bains, je n’avais que des exfoliants au plastique (notamment de marque Yves Rocher qui proclame, il faut croire à tort et à travers, sa symbiose avec la nature) : tout a fini à la
poubelle.
Côté nature, il va sans dire que la disparition de l’homme aura de nombreux bénéficiaires : retour des milieux naturels et de la faune rapides, fin de l’extermination des moustiques (base de
l’alimentation de nombreux animaux), des milliards d’oiseaux sauvés (outre la chasse, ça sera la fin pour eux des électrocutions avec les pylônes électriques, des chocs mortels avec les pares
brises et les fenêtres etc) etc…
En sens inverse, on assistera à la disparition des cafards qui ont besoin du chauffage des humains en hiver et des poux de l’homme inféodés totalement à celui-ci.
Ce qui est étonnant, c’est que certains des experts interrogés affirment que les activités humaines normales sont infiniment plus dévastatrices pour la nature que la pire des catastrophes
nucléaires. On passera d’ailleurs par la zone de Tchernobyl qui, 1 an après la catastrophe, a vu la vie revenir même si cette vie était composée d’oiseaux aux plumes albinos et de pins aux
branches de formes bizarres.
Mais au fait, l’homme peut il disparaître tout à coup ?
Le virus le plus virulent, même muté par des mains malveillantes, n’exterminera pas la race humaine. Même efficace à 99.99 %, il restera tout de même 650 000 individus immunisés ; et
dans 50 000 ans, la situation démographique sera la même. Certains des experts s’inquiètent davantage des nanotechnologies (il paraît qu’il n’y a pas de garantie que nos badinages avec les
accélérateurs de particules de haute énergie ne détruisent pas la physique même du vide !) ou du dérèglement des supers intelligences.
Face à la surpopulation de l’espèce humaine, différents courant se dessinent dont certains souhaitent l’expulsion de l’humanité de la planète avec avortements et suicides à l’appui. Un autre
courant, le Voluntary Human Extinction Movement, prône plutôt de stopper volontairement toute procréation. Au bout de 20 ans, le problème de la délinquance juvénile sera supprimée (et pour
cause !) ; au fur et à mesure que l’humanité approchera de la fin, les ressources naturelles reviendront et l’homme vivra alors un âge d’or.
Face à ce courant, les transhumanistes dont le concept est la colonisation de l’espace virtuel en y téléchargeant nos esprits et en abandonnant nos dépouilles charnelles ; nous serions alors
immortels.
Autre possibilité, très théorique pour l’instant ( !!!) : le téléchargement de nos esprits dans de nouveaux corps créés par clonage holographique sur une nouvelle planète.
Plus réalisable (la solution ?) : et si nous limitions notre procréation à un seul enfant par femme (il faut savoir que la population mondiale augmente d’1 million tous les 4
jours) ? En 2050, nous serions 5.5 milliards (au lieu des 9 milliards prévus), en 2075 2.43 milliards et en 2100 1.6 milliard, soit le niveau du XIXème siècle. Avec cette « population
nettement plus gérable, alors nous jouirons des bienfaits de nos progrès, tout en maîtrisant avec sagesse notre présence sur Terre ». Et nous verrions notre monde se rétablir et s’embellir
un peu plus chaque jour …
Bon alors, vous l’aurez compris, Homo disparitus est à lire absolument.
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